Visitant le nouvel atelier de Rita Alaoui à Casablanca, nous avons retrouvé avec plaisir le travail découvert, et exposé, en 1999 ; travail renouvelé, qui atteint aujourd'hui une vraie maturité artistique. Ces quelques années, d'expériences, d'approfondissements, de remises en question, auront sans doute été essentielles dans la démarche d'un peintre aussi peu conformiste. L'ensemble des compositions présentées à la galerie Al Manar-Dawliz témoigne d'une recherche sur la forme, le sens et la couleur ; avec en prime, maintenant, une mise en perspective et, dans le choix du titre de l'expo, "entre terre et ciel", comme l'écho d'une interrogation quant à la place de l'Homme dans le monde qui l'entoure. Certes Rita Alaoui n'a pas été insensible aux photographies d'Arthus-Bertrand rassemblées dans ce beau livre qu'est "La Terre vue du ciel". Mais elle a su réinterpréter les images qui l'ont frappée ; elle a dépassé l'anecdote exotique pour atteindre la forme essentielle, dépouillée de la séduction de ses détails, mise en valeur par le seul jeu de la couleur.

Il y a chez Rita Alaoui, qui a étudié la peinture aux Etats-Unis, un ancrage de bon aloi dans la modernité figurative, disions-nous lors de sa première exposition personnelle au Maroc. Mais ce peintre reste, d'abord, un coloriste. Les rapports chromatiques qu'elle établit sont sensibles, élégants ; il y a, souvent, une bonne part d'humour dans son trait, et comme une délicatesse mutine dans ses compositions.
Cette qualité de vision, et d'imagination, servie par une technique suffisamment maîtrisée, est assez rare aujourd'hui pour être soulignée. Voilà une peinture qui, dans la légèreté de son propos, est pleine d'allant ; elle parle et sait nous mettre de belle humeur : l'artiste en soit remerciée.

Ce peintre, exigeant et raffiné, poursuit son chemin sans ameuter les médias ni brader son talent. Les travaux exposés à la galerie Al Manar-Dawliz confirment le souffle nouveau qu'il apporte à la peinture, au Maroc. Il y a là une création, dynamique et inventive, qu'il serait bien mal venu de négliger. D'ailleurs les collectionneurs ne s'y trompent pas - du moins ceux qui ont assez de curiosité pour s'intéresser au travail d'un peintre jeune encore mais qui, n'en doutons pas, ira loin dans sa démarche.

Alain Gorius (Galeriste et éditeur)

Exposition à la Galerie Al Manar - Casablanca, 2003

....................................................................................................................................................................................................................................................................













































































































































































....................................................................................................................................................................................................................