Le travail de RITA ALAOUI s'inscrit dans un cadre tout à fait particulier par rapport à la peinture marocaine. Ayant eu un parcours légèrement différent des artistes marocains de sa génération, elle présente une peinture débarrassée de certains problèmes déjà usités sur la scène artistique. En effet, RITA ALAOUI a fait une partie de ses études aux Etats-Unis et par ce fait, elle draine un nombre de problématiques inhérentes à sa formation. Si, sur le plan chromatique, elle reste, comme tous les Maghrébins, attachée au travail de la lumière, elle présente néanmoins quelques points de différences. À ce niveau, elle s'applique à travailler sa couleur afin qu'elle obtienne une transparence joyeuse et enfantine. On dirait qu'elle la dévitalise en vue de lui insuffler une nouvelle vie, ou dirions-nous, elle la desquame de sa peau pour la présenter dans sa virginité primordiale. L'œil exercé ne manquera pas de s'interroger sur la "marque "de la pâte dont elle use.

Aussi, ses couleurs, qui ne s'écartent point de leur caractère primaire, tendent-elles à se libérer de la pesanteur et de la densité de la matière. Dénudées, les couleurs deviennent gustatives et donnent ainsi l'eau à la bouche. Cette notion de légèreté et d'innocence transparaît aussi au niveau de l'animation de la surface.
Les traits et les formes sont aériens. Tout donne à penser à une ambiance ludique où la rigueur s'évanouit, laissant au corps la possibilité de rythmer le mouvement de la main. Mais, quand le tableau est agencé sous forme d'éléments de répétition de motifs ou d'éléments reconnaissables, on comprend bien le plaisir que l'artiste veut partager avec le public. Ponctuations qui viendraient, pourrait-on croire, des pulsations du cœur !
Ce retour au Primordial dans la matière colorée est accompagné d'un retour à l'élément naturel. Ne dit-on pas qu'il faut se débarrasser de la culture pour retrouver la nature ? L'artiste n'hésite pas à sacrifier, quand il le faut, son savoir-faire pour retrouver son regard premier sur la nature. Elle efface tout de la terre pour revivre le moment jubilatoire de voir renaître la vie des profondeurs. Ainsi, la démarche n'a rien de romantique (du moins, le romantisme dans sa forme classique) ; la démarche est bel et bien ludique.

Moulim El Aroussi ( Écrivain, professeur de philosophie de l'art)

Exposition au Barok Café - Casablanca 2003

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