OBJECTS TEACHING

by Yasmina Bouzid



DANS L'ATELIER DE L'ARTISTE RITA ALAOUI, PETITES LECONS DE CHOSES ET CURIOSITES.

« Et quant à la connaissance des faits de nature, je veux que tu t’y adonnes curieusement..." RABELAIS, PANTAGRUEL, 1532

 

Dans l’atelier de Rita Alaoui, il y a plus qu’un travail en cours, où les traces et empreintes des œuvres créées, il y a un monde en soi digne d’un véritable cabinet de curiosités contemporain dans lequel on plonge avec délectation. 

 

Le cabinet de curiosités a depuis longtemps quitté le champ énigmatique et désuet des alcôves secrètes et des propriétés aristocratiques. Il est devenu en lui-même une source d’inspiration et un champ d’investigation de l’art contemporain.

De nombreux artistes se sont emparés de ce petit cosmos pour en reproduire les méandres imaginaires et les rêves d’exotisme ou pour s’inspirer de ses chimères et de ses accumulations d’objets.

L’artiste Rita Alaoui, pour sa part, nous invite à une collecte poétique du désuet, de l’imperceptible comme point de départ d’une excursion imaginaire parmi les rebus organiques, minéraux ou végétaux, rencontres de hasard de ses itinérances.

L’artiste se pose à la fois en collecteur du dérisoire, avec le soin d’un véritable collectionneur, un arrangeur de mondes, amateur au sens de « celui qui aime », comme l’était les amateurs de ces cabinets, mais elle est aussi la conceptrice d’un monde ex-nihilo né de toutes ses collectes. Elle redonne vie aux formes végétales et organiques, cailloux, fleurs séchées, petits os.... reproduisant au dessin leurs formes énigmatiques, tel un naturaliste, ou les photographiant sur un fond noir, dénudés, dans leur plus simple apparence. Elle sculpte aussi les socles qui les réceptionneront et signeront le passage de l’oubli à la lumière, de la nature à l’artifice, de la forme anonyme à l'objet d'art. 

Saturés d’images factices et pré-fabriquées par les écrans, l’œil se réhabitue à contempler non plus le sensationnel, l’inaccessible mais le banal, le petit rien, dont la beauté pure réapparaît au gré des arrangements de l’artiste, sous forme de vitrines protectrices, ses « maisons pour l’éternité », ou à travers les photographies de natures mortes, perpétuant le thème des vanités.

Le cabinet n’est plus alors ce lieu secret cachant les mystères d'un monde dont la connaissance est réservée à une élite, il devient le lieu du réapprentissage, lieu ouvert aux échanges, sans catégories, sans classement, lieu d’un recueillement profane et humble devant la magie intacte d’un matériau quelconque dont la main de l’artiste aura su révéler la beauté poétique.

Rita Alaoui nous conduit imperceptiblement sur les traces des "objects teaching", ou « petites leçons de choses » auxquelles certains cabinets fameux furent dédiés suivant une pédagogie initiatique et intuitive, allant de l’observable à l’inexpliqué.

Comment partir d’un d’objet concret pour faire acquérir une idée abstraite ou dévoiler un monde occulte ? Le temps qui passe voue à l’oubli les fragiles souvenirs dont on ne garde pas trace et qu’il faudrait préserver, tels ces petits cailloux blancs qui nous ramènent immanquablement à notre demeure comme aux origines du monde.

Dans un langage subtil, Rita Alaoui pose, à travers son œuvre, les jalons du chemin mémoriel qui s’oppose à la destruction et nous relie aux fils invisibles de l’Univers par l’évocation de l’enfance ou la simple faculté du rêve.


January 6, 2016

Yasmina Bouzid (visual art consultant)